Tête à tête avec Audrey, infirmière en parentalité
- maisonfami
- 4 mai
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Dernière mise à jour : 8 mai
Rencontrer Audrey, c’est entrer en relation avant même de comprendre ce qu’elle fait.
Quand elle parle, il y a quelque chose qui s’installe rapidement. Une présence. Une attention réelle. On sent qu’elle est là, entièrement.
Audrey est infirmière en parentalité , à Maison FAM'i.
Mais réduire son rôle à un titre serait passer à côté de l’essentiel. Parce que ce qui la traverse, ce qui l’anime, ne s’est pas construit en une formation ou en quelques années. C’est un chemin. Un chemin fait d’expériences humaines fortes, parfois bouleversantes, toujours profondément marquantes.
Au départ, il y a le cerveau.
Une fascination.
Depuis le début de sa carrière d’infirmière, il y a plus de vingt ans, Audrey est attirée par ce qui ne se voit pas mais qui influence tout. Elle commence en pédiatrie, en réanimation neurochirurgicale à Paris, dans des contextes où la vie tient parfois à un fil. Puis elle s’oriente vers le don d’organes, du côté des donneurs. Des moments suspendus, où le choc, l’incompréhension et la douleur cohabitent.
C’est là qu’une question prend toute la place.
Comment fait-on du sens… quand il n’y en a pas ?
Parce que dans ces moments-là, ce n’est pas tant ce qui se passe qui compte, c’est ce que les gens vont en faire ensuite. Comment ils vont continuer à avancer. Comment vont-ils réussir à habiter, continuer à écrire, vivre autrement leur histoire malgré tout.
Audrey se retrouve alors au cœur de ce qu’elle appelle des moments intimes, presque sacrés. La naissance. La mort. Les passages. Elle n’est pas là pour changer ce qui arrive, mais pour être une présence fiable dans l’incertitude. Pour tenir quelque chose de stable quand tout vacille.
Elle parle souvent de grandes oreilles, d’épaules solides.
Mais surtout, elle parle de confiance.
Créer rapidement un lien avec des familles qu’elle ne connaît pas, dans des situations où tout est fragile, vulnérable. Être là avant, pendant, après. Ne pas lâcher.
Avec le temps, quelque chose en elle évolue.
Elle réalise que ces interventions, aussi importantes soient-elles, arrivent souvent tard dans le processus. Que la relation, la compréhension, la solidité… pourraient se construire bien avant les tempêtes.
Elle ressent alors le besoin de ralentir le rythme. De sortir de l’urgence pour entrer dans une autre temporalité.
C’est ce qui la mène au Québec, à l’Hôpital Sainte-Justine, où elle travaille en soins palliatifs pédiatriques depuis plus de 14 ans . Elle y accompagne des enfants, des adolescents et leurs familles à travers la maladie, dans toute la complexité que cela implique.
Et peu à peu, un autre fil se tisse.
Celui de la parentalité.
Parce que même dans les contextes les plus difficiles, une chose reste profondément vivante : la relation entre un parent et son enfant. Et cette relation, elle peut être soutenue, renforcée, éclairée.
Aujourd’hui, c’est là qu’Audrey choisit de se placer.
Dans le quotidien des familles.
Dans les zones floues.
Dans les moments où les parents ne comprennent plus ce qui se passe.
Elle n’aime pas vraiment le mot “crise”. Elle parle plutôt de tempêtes. Des moments où quelque chose ne circule plus. Où il y a une rupture de connexion.
Et c’est précisément là qu’elle intervient.
Pas pour donner des recettes.
Pas pour corriger un enfant.
Mais pour aider à comprendre.
Comprendre ce qui se joue dans le cerveau. Comprendre les réactions. Comprendre les dynamiques invisibles qui s’installent entre les membres d’une famille. Elle s’appuie sur les neurosciences, qu’elle rend accessibles, concrètes, presque palpables.
Quand les parents comprennent, quelque chose se détend.
Les épaules descendent.
Les regard changent.
Et souvent, c’est suffisant pour que le reste suive.
Ce qui est surprenant, c’est qu’elle ne commence pas forcément par voir l’enfant.
Elle commence par les parents.
Parce que pour elle, tout passe par la figure d’attachement. Si le message ne vient pas de là, il ne s’ancre pas vraiment. Elle accompagne donc les adultes à retrouver une posture solide, une forme de clarté intérieure, qui va ensuite naturellement influencer la relation avec leur enfant.
Elle aime dire qu’être parent, c’est porter plusieurs sacs à dos…
mais avec un seul dos.
Alors elle aide à répartir le poids. À comprendre ce qu’on porte.
À ajuster, petit à petit.
Son approche est profondément teintée par son histoire personnelle.
Arrivée au Québec loin de sa famille, elle traverse un parcours de fertilité difficile. Puis vient l’adoption. Deux enfants, jumeaux, venant du Burkina Faso.
Une rencontre, un déracinement, une adaptation de chaque instant.
Cette expérience vient ancrer encore davantage ce qui l’habite déjà : la rencontre de l’autre, au-delà des différences, au-delà des repères connus. Le besoin de décoder, de comprendre, de créer du lien là où tout pourrait sembler étranger.
Quand elle découvre Maison FAM’i, quelque chose résonne immédiatement.
Ce n’est pas une décision rationnelle. C’est un ressenti. Une évidence.
Aujourd’hui, elle y accueille des familles telles qu’elles sont. Sans attente de perfection. Sans jugement.
Elle ne promet pas de solutions miracles.
Elle promet une rencontre, une présence. Une recherche. Un chemin à faire ensemble.
Elle se décrit parfois comme un sherpa.
Quelqu’un qui connaît les passages, qui peut prévenir des obstacles, qui peut éclairer le chemin… mais qui ne marche pas à la place de l’autre.
Et au fond, c’est peut-être ça, son vrai “pourquoi”.
Créer des ponts.
Aider chacun à mieux se comprendre.
Permettre aux familles de retrouver une forme d’apaisement, même au cœur du mouvement.
Parce qu’au final, ce qu’elle cherche, ce n’est pas que tout devienne parfait.
C’est que le quotidien soit juste un peu plus doux.
Un peu plus clair.
Un peu plus vivant.





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